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COP 23, l’art de pisser dans un violon…

vendredi 24 novembre 2017, par JFA

Le Monde.fr commentait hier la COP 23 dans des termes édifiants, dignes d’Alfred Jarry :
« L’édition suivante se déroulera en décembre 2018 à Katowice, en Pologne. C’est dans cette ville de Silésie, qui vit toujours au rythme de l’activité charbonnière, que devront être finalisées les dispositions du « Rule Book », le guide de mise en œuvre de l’accord de Paris conclu en décembre 2015 dans l’espoir de limiter le réchauffement de la planète sous le seuil des 2° C. » Quand il y a urgence, quand le seuil critique, létal, est annoncé par quantité de scientifiques, on en reste au vague “espoir“ d’une limite en dessous de 2°. Quand il faudrait immédiatement proscrire l’activité charbonnière, c’est un pays pauvre qui va organiser le prochain rendez-vous. La Pologne n’a pas les moyens de se passer du charbon, c’est évident.

« Les délégués de la COP23 ont certes accepté la tenue d’un « dialogue d’experts » sur le sujet en 2018, mais aucune perspective ne permet d’envisager, à terme, un financement de ce mécanisme. » Face à un problème urgent, on propose de créer une “commission d’experts” un peu comme si l’on proposait à celui qui meurt de soif de réunir un groupe de réflexion pour déterminer ce qu’il pourrait utiliser comme récipient et liquide ! Et le financement de cette commission n’est même pas assuré…

« La délégation dépêchée à Bonn par Washington a conservé une attitude de “neutralité constructive”, assure Barbara Hendricks, la ministre allemande de l’environnement. » De qui se moque-t-on ? Le deuxième pollueur de la planète après la Chine reste neutre sur le plan international et privilégie la rentabilité à l’intérieur des USA. Y aurait-il matière à se réjouir ?

« En matière de dérèglement du climat, “le seuil de l’irréversible a été franchi”, a averti Emmanuel Macron, débutant son discours sur le soutien nécessaire aux scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) » Plus hypocrite que ça, tu meurs ! L’irréversibilité, cela signifie qu’un retour à la norme est désormais impossible. On ne peut donc espérer qu’une stabilisation de l’état actuel avec logiquement les mêmes conséquences. En langage clair Macron nous dit qu’il est désormais impossible d’espérer moins de 2°C de réchauffement et que le GIEC devra faire avec ! Circulez, y’a rien à voir…

Mais tout cela procède d’une logique imparable. Dans le système actuel, une part de l’humanité consomme trop et devrait réduire son train de vie quand une autre part doit impérativement se développer pour offrir un minimum décent à ses populations. Or la proportion des pays pauvres par rapport aux riches implique mathématiquement que ces derniers devront, pour retrouver un équilibre mondial, changer leur mode de vie à un point tel que cela devient purement utopique. Mais imaginons que l’humanité entière devienne subitement raisonnable par l’opération du Saint-Esprit ou de Pierre Rabhi. Des sommes énormes devront être consacrées au démantèlement des industries polluantes et à la création d’autres industries propres, ce qui nécessiterait une participation de tous les acteurs, sur toute la planète, à hauteur de leurs capacités réelles. Encore une utopie ! Mais la conséquence d’une telle opération serait qu’aucun profit financier ne serait possible durant une longue période et, par conséquent, que nous concevions un système capitaliste sans plus-values, sans dividendes, sans croissance… Là ce n’est plus une utopie, c’est la quadrature du cercle !

Pour réduire le réchauffement de la planète à moins de 2°C, il n’y a donc pas d’autre solution que d’abandonner l’idée d’y parvenir dans un monde capitaliste. L’écologie n’est pas compatible avec une société marchande, les profits monétaires ne sont toujours pas solubles dans l’écologie ! Donc la réunion de 22 000 délégués à la conférence de Bonn est une farce coûteuse en argent, en temps, en émission carbonée (avec les 3000 journalistes, le personnel de la logistique, la sécurité, la restauration…, c’est plus de 40 000 personnes. Là on ne pisse plus dans un violon ordinaire mais dans un stradivarius !). Les déclarations des politiques ne sont qu’exercices de langue de bois. Les “avancées dans la lutte contre le réchauffement” ne sont qu’affirmations oxymoriques. La croyance des Fidjiens en une possibilité de conserver quelques mètres carrés de leurs îles hors d’eau relève du Père Noël… Sauf si, entre temps, l’évidence devient impossible à camoufler et qu’une majorité d’humains réalisent alors qu’il n’y a pas de salut tant qu’il y a profits financiers, que l’obligation des échanges marchands est une idée-fausse inventée par des marchands cupides, qu’une société de l’accès peut désormais émerger et qu’elle est techniquement réalisable. La seule question est de savoir si cette “désargence” se fera avant l’effondrement ou après un épisode à la Mad Max !
(Article publié par http://aptgchronique.overblog.com/ )