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Et le travail, dans tout ça ?

vendredi 10 novembre 2017, par JPL

L’opposition à la « loi travail », sous François Hollande, suivie de la « réforme Macron », dès le début, ont été orchestrée sur le thème des avantages monétaires que les entreprises, employeurs et employés confondus, devaient en retirer. Dans les milieux militants « ouvriers », syndiqués, de gauche, cette orchestration a fait entendre les cymbales et tambours du « contre ». « Les gens » ne sont pas pour autant descendu en masse dans la rue. Ceux qui ont un intérêt professionnel ou politique à les y pousser l’ont fait à titre de baroud d’honneur. Ils ont désormais admis que l’obligation d’opérer des profits monétaires est la fin de l’histoire. Si même la totalité des travailleurs avait fait une grève générale pour dire NON aux lois Macron, son succès n’aurait pas empêché de dire OUI à l’obligation d’opérer des profits monétaires. NON-oui, NON-oui, NON-oui. Non très fort, braillé, oui silencieux, un peu beaucoup honteux. Et ce sera comme ça jusqu’à la fin de l’argent.

Dans les milieux « patronaux », l’orchestration a fait entendre le « pour ». Moins bruyante ! Pouvoir plus facilement licencier, payer le travail moins cher, les patrons ne vont pas gueuler contre. Ce serait quand même mieux si l’Etat pouvait ne plus se mêler du tout de leurs affaires… Pour eux, c’est OUI-non, OUI-non, OUI-non. OUI tout bas, non pour la forme, un « non » contredit par leur présence à tous les étages de l’Etat et des règles du jeu, dites « lois » qui protègent la propriété, les prises de bénéfices, punissent les abus… Et ce sera comme ça aussi jusqu’à la fin de l’argent…

Et si on arrêtait de cadencer oui/non à contretemps ? L’idée est dans l’air. Dans Le Monde du 6.10.2017 un article intitulé La codétermination serait indispensable à une véritable réforme du travail appelle “au renforcement de la présence des salariés dans la gouvernance des entreprises”. Il est accompagné d’un encart séducteur : difficile d’imaginer pour l’économie et la société française une réforme structurelle plus structurante...
René Capitant, dont De Gaulle s’inspira pour le référendum qui lui permit de se retirer dignement, aurait pu l’écrire. Quatre-vingt-onze dirigeants d’entreprise, syndicalistes et personnalités politiques internationales l’ont signé. Du beau monde : Jean Auroux, J.-Pierre Chevènement, Daniel Lebègue, Gérard Mordillat, Jean Peyrelevade, Thomas Piketty... L’association capital-travail a donc à nouveau le vent en poupe.
Rendant compte de la première prestation du président Macron à la télévision, deux journalistes du Monde (B. Bonnefous et C. Pietralinga, le 17.10.2017) en ont fait état, en deux phrases. La première pour « regretter » que la codétermination, le renforcement de la présence des salariés dans la gouvernance des entreprises défendu par la CFDT et que le candidat Macron avait un temps envisagé, reste toujours lettre morte. Dans un bon article, un bon journaliste doit toujours regretter quelque chose… La seconde pour noter que le chef de l’État s’est simplement engagé à ouvrir « un vrai débat » en 2018 sur l’intéressement et la participation pour que les salariés puissent avoir leur part de réussite.
S’agissant de M. Macron, nous commençons à savoir que ses engagements ne sont jamais « simples », en tout cas pas des mots en l’air. S’il parle de « vrai débat », c’est pour ne pas recommencer le « faux » qui a sévi sous De Gaulle. La « vérité » du débat qui s’annonce mettra en évidence qu’il n’y a plus lieu de débattre. Pourquoi faire ? Les différences statutaires entre les premiers de cordée et les exécutants consensuels, le ruissellement des profits monétaires du haut vers le bas, n’ont jamais empêché les « parties » de s’entendre sur la nature essentiellement monétaire des profits, de travailler à en augmenter le débit, d’en faire dépendre la variable d’ajustement dite « travail », et de fonder sur ce qu’ils ont d’aléatoire la capacité de l’État de faire du service public.
Ce qu’on ne peut changer, mieux vaut le taire et admettre à haute voix une nécessité que les nations nordiques, en adoptant le protestantisme et en multipliant par deux la productivité humaine (les saints faisaient chômer plus de cent cinquante jours par an) ont intégré à leur organisation sociale trois siècles avant « nous » : la nécessité de « jouer le jeu », sans réserve, clairement.
Ceci enfin compris, entré dans les têtes et les faits, honneur sera rendu aux « bons joueurs » qui mettront le message en ondes syndicales. Honneur à ceux qui ne feront plus d’objection à aucun boulot de merde et grossiront le nombre des travailleurs pauvres. M. Macron y gagnera les lauriers d’une réélection. Je le vois déjà les poser sur la tombe du Grand-Charles.

Et le travail, dans l’affaire ? Dans cette société, quel usage fait-il des travailleurs ? Quels usages les travailleurs en font-ils ? A première vue, ce n’est pas brillant. Tout le monde le reconnaît à commencer par le secrétaire général de la CFDT : «  Si on veut changer la société, il faut commencer par changer le travail » (propos rapportés par Alternatives économiques, Oct. 17). Le propos passe pour révolutionnaire. Mais qu’est-ce qui changera, dans le travail, dans son organisation, dans les produits et services qu’il offre aux usagers, dans la qualité de l’investissement personnel, aussi longtemps qu’il faudra en faire de l’argent pour survivre et vendre ? Et qu’est-ce qui changera quand il ne faudra plus, d’abord et avant tout, en faire de l’argent ?