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De l’eau à mon moulin désargentiste…

jeudi 8 juin 2017, par JFA

Un documentaire réalisé par Sophie Le Gall, avec la participation de France Télévision, a été diffusé le 17.05.2010 sur FR 3. La vidéo réapparaît ces jours-ci sur la toile, preuve de l’intérêt qu’il suscite depuis sept ans (https://www.youtube.com/watch?v=3A7NuGyzOOM). Le reportage, intitulé “Du poison dans l’eau du robinet !!!” est bien fait quoiqu’alarmiste et sans solution. Il nous permet au moins de constater que depuis 2010 on sait que l’eau du robinet est loin d’être d’une qualité irréprochable et que depuis, rien n’a changé. Et pour cause ! L’eau dite potable, qu’elle sorte du robinet ou nous soit livrée en bouteille, est caractéristique de notre économie marchande qui, prise dans des conflits d’intérêts impossibles, n’a aucune réponse à donner, pas plus que les pouvoirs publics d’ailleurs.
Le conflit d’intérêt qui se joue entre les producteurs de l’eau du robinet et ceux qui nous vendent l’eau dite minérale est évident. En Grèce, où une grande consommation d’eau est indispensable dès que les chaleurs arrivent, chacun se promène avec sa bouteille en plastique d’un demi-litre à 0,5€, même quand on est au seuil, voir en-dessous de la pauvreté. Les bords de routes sont jonchés de ces emballages qui mettront des dizaines d’années à se dégrader. Mais les marchands leur ont bien expliqué que l’eau potable du robinet, était certes 70 fois moins chère, mais très douteuse ! Or, il y a de nombreux contrôles de l’eau du robinet, très peu sur l’eau en bouteille. Des prélèvements faits sous contrôle d’un huissier et analysés par des laboratoires qui n’étaient pas informés de la provenance de l’eau minérale l’ont à plusieurs reprises déclarée "non potable" ! Donc, tant qu’il y aura des profits financiers à réaliser, des intérêts privés à défendre, et tant que l’eau sera considérée comme une simple marchandise susceptible de plus-value, nous ne serons jamais sûrs de ne pas être empoisonnés “à l’insu de notre plein gré”, nous ne pourrons savoir si les propos de tel ou tel scientifique relèvent du lobbying, de l’idéologie, de l’intoxication ou de la vérité. D’ailleurs le reportage signale qu’un expert, un peu trop alarmiste à la télévision, a été sommé par Bernard Kouchner, alors ministre de la santé, de revenir sur le plateau dès le lendemain pour rectifier le tir ! Entre la santé et le fric, il faut choisir !
Il y a en outre, deux pollutions concernant l’eau : la pollution naturelle et la pollution humaine. Pour avoir effectué un forage de 80 mètres, en Cévennes, dans un lieu éloigné de toute activité humaine, je sais que l’eau à la sortie peut recéler un taux d’antimoine, d’arsenic et autres métaux lourds, 70 fois plus important que les normes européennes. Imaginons que mon forage soit destiné à une vente commerciale et que j’ai investi d’énormes sommes d’argent pour monter mon entreprise, ne serais-je pas tenté de tricher sur les analyses, de mettre en avant des propriétés chimiques favorables à la santé ? Imaginons que je sois gestionnaire d’une source naturelle qui ait été mise en activité commerciale à une époque où la science n’était pas en mesure d’évaluer la qualité de l’eau comme aujourd’hui. C’est le cas de Salvetat (1848), Vittel (1854), Evian (1826) Volvic (1938), Quézac (1859)…Pourrait-on fermer la source d’Evian et licencier ses employés si on y découvrait soudain une pollution quelconque ?
Quant à la pollution humaine, elle est si diverse que les principaux groupes traitants (Suez, Générale des eaux, Saur…) travailleraient à perte s’ils devaient produire une eau parfaite, ou la vendraient à des prix prohibitifs. Parmi les métaux lourds, la radioactivité, la chimie agricole, les médicaments, les rejets industriels, certains éléments sont encore impossibles à traiter à grande échelle ou à un prix hors de proportion avec l’usage de l’eau.
Les solutions sont donc extrêmement limitées, quel que soit la probité des producteurs et des pouvoirs publics. On pourrait séparer le réseau de l’eau en deux secteurs, un secteur potable dont le prix serait encadré par l’État et un secteur non potable pour les usages domestiques, le lavage de la voiture ou l’arrosage du jardin. Mais envisager le doublement de la totalité du réseau d’adduction relève de la fantaisie la plus totale. On pourrait, comme l’exigent les écologistes et les défenseurs de la santé, imposer à la fois des normes sérieuses et globales, des contrôles afférents à chacune des pollutions possibles, des contrôles de l’application des normes et de l’exactitude des analyses… Mais quand l’eau d’une grande ville sera déclarée non potable, quelle réponse les pouvoirs publics pourraient apporter en attendant un retour à la norme ? La fourniture d’une eau minérale sûre ? Et devra-t-on interdire l’arrosage des plantes alimentaires en même temps que la consommation humaine ? (Une salade arrosée avec de l’eau chargée d’arsenic ou de radium devient elle-même impropre à la consommation).
Dans l’État actuel de la législation, il n’y a pas de solution globale et suffisante au problème de l’eau. Les intérêts financiers en jeu sont considérables et antinomiques entre divers secteurs. Le céréalier pollue les nappes phréatiques parce qu’il a été poussé à investir dans ce sens par le lobby de la chimie. Financièrement, il est compliqué de lutter contre des puissances telles que Monsanto, compliqué de demander à tous les céréaliers de cultiver en bio du jour au lendemain. Les producteurs d’eaux minérales ont intérêt à créer une défiance du consommateur vis-à-vis de l’eau du robinet. Les grands groupes gestionnaires de l’eau ont intérêt à prouver la non nocivité de leur eau, tout en luttant contre les régies municipales qui elles, se plaignent du monopole abusif de ces groupes, etc.
Tout cela revient donc à un conflit d’intérêt entre la santé et le profit. Si l’on met en avant la santé publique, bon nombre de producteurs d’eau vont perdre de juteux profits. Si l’on met en avant le profit, ou, pour être mieux compris, le chômage, la compétition internationale, la pression des marchés, on accepte alors l’augmentation des cancers par excès de radium, d’Alzheimer par excès d’aluminium, de troubles hormonaux par excès de perturbateurs endocriniens… Ce genre de conflit est insoluble, sauf à supprimer ce qui le produit, l’argent, avec la guerre économique qu’il génère.
Dans une société sans argent, donc sans profit à réaliser, plus rien n’empêche de choisir rationnellement entre des impératifs de santé et la nécessité de l’accès à la quantité suffisante d’eau. Une “désargence” ne supprimera pas la pollution naturelle, et toute activité humaine tend à générer une pollution. Mais au moins, elle sera plus limitée. On ne voit vraiment pas quel intérêt un céréalier aurait à polluer ses champs et à produire un blé contaminé s’il n’a plus le souci d’équilibrer un budget mais seulement celui de faire ce qu’il sait faire dans les meilleures conditions pour le bien commun.
Dans une société sans argent, on peut enfin penser une démocratie, c’est-à-dire la possibilité pour une population de choisir sa propre gestion de l’eau, ce qui est loin d’être le cas dans l’imbroglio politico-économique dont fait état la question de l’eau dans nos sociétés dites civilisées ! Entre la santé publique et les profits financiers, il faut choisir. Tant que nous serons dans une société marchande, les deux tensions, sanitaire et économique, seront en prise à un conflit d’intérêt irréconciliable. Il n’y a pas de réponse possible, le capitalisme n’est pas soluble dans l’eau, les reportages, aussi bien faits soient-ils, ne servent à rien… s’ils ne sont pas reliés à la question monétaire !

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