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APAC sur le vote...

mercredi 29 juin 2016, par JFA

APAC élections.

Après le référendum sur le Brexit, avec l’échéance des présidentielles de 2017, la question du vote revient à l’ordre du jour. Les “pour” et les “contre”, les “pour une nouvelle formule” et les “contre toute délégation de pouvoir”, les “abstentionnistes” et les “votant blanc”, vont s’étriper.., mais au nom de quoi ? J’ai rarement entendu d’analyses de la question du vote sous l’angle de l’argent, sinon pour dire que le pouvoir revient toujours à celui qui possède ce dit argent. Il est clair que cet angle d’analyse dérange, détruit moult arguments classiques, repose une généalogie du système représentatif qui, à bien des égards, a été occultée, déformée, manipulée. Osons donc la question : Quel impact l’argent a-t-il sur le sens du vote, sur ses vertus et ses limites… ?

1. Le vote et l’argent :
Tout le monde a compris maintenant que de tout temps, deux visions du vote se sont affrontées, selon qu’il soit exercé dans le cadre d’une démocratie représentative ou d’une démocratie directe, selon que l’on se réfère aux Lettres philosophiques de Voltaire ou au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, à l’aristocratie ou au peuple… Or, ces deux positions sont directement induites par la place de leurs promoteurs au sein de la hiérarchie sociale et financière. Du côté de l’aristocratie, le peuple n’est pas considéré comme étant apte à exercer un pouvoir et à émettre des opinions. Et pour cause, le peuple pourrait contester le pouvoir des riches, exiger des lois qui soient favorables aux pauvres, s’inventer des chimères égalitaires. Du côté du peuple, l’aristocratie lui ayant laissé une longue expérience de la servitude, il ne peut imaginer obtenir la moindre once de pouvoir s’il n’y est pas directement associé. Tout s’est donc joué autour de la maîtrise du pouvoir de l’argent, que l’on soit du côté des possédants ou des “possédés”.
Aujourd’hui, le problème n’a pas changé, il est resté le même, quels que soient les habillages réglementaires, sémantiques ou institutionnels dont on l’a affublé. Dans le concret, cela donne quoi ?
-  Se présenter à une élection exige un budget de campagne, minime mais réel quand on se présente dans une petite mairie, considérable s’il s’agit d’une présidentielle, démentiel si cette présidence concerne un pays riche. Il faut donc posséder une fortune personnelle et être prêt à la mettre en jeu, ou trouver le financement auprès de possédants qui réclameront tôt ou tard un retour sur investissement. Tel croit voter pour un homme ou une idée, qui vote de fait pour un profit financier !
-  Se présenter à une élection exige d’être connu, d’avoir un nom. Il est rare que l’ouvrier d’usine soit davantage connu que son chef d’entreprise, que le cantonnier ait davantage de relations que le notaire. Le nom va avec la fortune, que l’on veuille éditer un livre, obtenir une sinécure ou être élu pour un mandat. Le constat en est vite fait lorsque l’on met en statistiques l’origine sociale des élus de n’importe quel parlement des pays dits démocratiques. Le nombre de députés français issus de la classe ouvrière ou des petits emplois salariés range de facto le terme d’assemblée représentative, au rayon des bonnes blagues !
-  Pour avoir la moindre chance d’être élu, il faut être considéré comme capable de changer le cours des choses et pour cela en convaincre ses électeurs potentiels. A l’évidence, celui qui peut échanger des heures d’antennes et des pages de quotidiens contre une future protection ou une aide matérielle, sera toujours plus intelligent que celui qui n’a que ses mots pour convaincre.
-  Pour convaincre, il faut connaître le poids des mots, avoir le sens de la rhétorique, être rompu à la langue de bois, savoir flatter son auditoire dans le sens du poil. On enseigne bien mieux cet art à Science-Po et à l’ENA que dans les sections pratiques des lycées professionnels. Sans culture et sans qualités oratoires (c’est à dire sans le niveau de vie suffisant), le meilleur des organisateurs et décideurs ne parviendra jamais au pouvoir.
-  Pour regrouper toutes les qualités suggérées dans ce préambule, il faut être bien né, c’est-à-dire avoir baigné tout petit dans le milieu adéquat, avoir grandi dans la certitude de sa valeur, avoir hérité d’un réseau sans lequel toute qualité devient vaine. C’est exactement ce que désigne le terme d’aristocratie qui coïncide si bien avec celui de ploutocratie. La culture de naissance et la richesse du patrimoine prédisposent au pouvoir, et voter revient mécaniquement à renforcer cette inégalité.
-  L’idée même du vote est douteuse, quel qu’en soit le mode opératoire. En effet, la pratique du vote procède de deux idées rarement remises en cause : nous votons pour dégager une majorité sur une question ou pour mettre en lumière celui qui sera le plus apte à la résoudre. Mais qui a décrété que l’idée majoritairement choisie est la meilleure ? Qui nous a fait croire que la personne la plus nominée sera la plus compétente ? L’expérience nous prouve sans cesse le contraire. L’abolition de la peine de mort, qu’avec le recul nous pouvons considérer comme un progrès, n’aurait pas résisté à un référendum. Le vote a porté au pouvoir des gens aussi peu recommandables qu’Hitler, l’enthousiasme populaire a plébiscité Napoléon, lequel continue à avoir de nombreux fans malgré les trois millions de morts qu’il a semés à travers l’Europe… Quant à faire la liste des hommes de pouvoir ayant déçu par leur incompétence après avoir été portés aux nues, laissons-la écrire par Alexis Tsipras, dernier champion en date de la catégorie ! Si donc nous votons pour une idée qui pourrait s’avérer fausse, pour un homme qui pourrait n’avoir que des mots et point de compétences, pourquoi nous entêtons nous à voter…, sinon pour perpétuer un système dont les seuls bénéficiaires sont ceux qui possèdent ou détiennent les cordons de la bourse ?
-  Mais imaginons que rien n’est moins pire que l’absence de vote et que faute de mieux il faille s’y résoudre. Y aurait-il un seul exemple de par le monde où des élus désignés par le peuple, aient voté des lois qui soient durablement favorables au peuple ? Partiellement ou temporairement, certes oui. Rendons justice aux honnêtes hommes qui ont fait leur possible pour mettre en pratique, l’égalité, la liberté, la fraternité. Mais comme le disait Mayer Amshel Rothschild (1743-1812), “permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays et je me moque de celui qui écrit ses lois”. On voit bien dans la France de l’été 2016 comment les puissances de l’argent détricotent allègrement les acquis sociaux du CNR, comment la Troïka a instauré en Grèce un régime quasi colonial… ! Alors à quoi bon perdre son temps à voter si en fin de compte, Rothschild et les siens font la Loi ?

Les enjeux du vote, des élections, de la représentation, n’ont rien à voir avec le bien commun, nous venons de le voir, mais tout avec l’argent qui autorise les uns, empêche les autres, et quels que soient les simulacres démocratiques dont on se pare. Donc, revenons à la seule question qui vaille d’être posée, que se passerait-il sans l’argent ?

2. La question du vote dans une société a-monétaire :
Poser le postulat d’une désargence modifie radicalement le sujet puisque plus aucun intérêt financier à défendre ou à acquérir ne viendra brouiller le jeu. Quand et pourquoi voterions-nous sinon pour décider de ce qu’il faudra produire, comment et pour qui, pour choisir entre deux organisations sociales possibles, entre deux éthiques opposées. On voit déjà que l’intérêt commun prend une place prépondérante évidente au dépend de l’intérêt privé qui parasitait toute décision de “l’ancien monde”. Mais entrons dans le détail :
-  L’extraction de matières premières, leur transformation en énergie ou en produits manufacturés, la production alimentaire, l’innovation, la recherche fondamentale, comme toute activité humaine, entraînent naturellement des coûts humains, écologiques, des limites. Se posera alors la question de savoir s’il y a ou pas ce qu’il faut, si les ressources nécessaires sont renouvelables ou pas, si l’intérêt immédiat reste le même sur le long terme, etc. Si nous décidons de voter sur une question ambiguë, non résolue à l’expérience, qui sera appelé à voter ? Les premiers concernés, les professionnels du secteur, des personnes tirées au sort ? Rien n’est définitif car nous n’avons aucune expérience de situations dégagées des profits financiers. Les uns diront que seuls les pêcheurs ont droit de parole sur les questions de pêche, d’autres hurleront au retour des lobbies. Les uns diront que chacun est maître chez soi et d’autres rappelleront que la pollution ne connaît pas de frontières, pas plus que le dérèglement climatique. La désargence promet de beaux débats… Mais une chose est sûre, c’est qu’une expérience malheureuse sera toujours plus facilement réversible sans argent qu’avec l’argent. La situation d’un EPR dans lequel des milliards sont investis, dont dépendent la survie salariale de milliers de personnes et les dividendes de quantités d’entreprises sous-traitantes, est tout bonnement impensable sans l’impératif des profits financiers.
-  Une société a besoin d’un cadre pour vivre, de limites, de transgressions possibles aussi. Là aussi, tout sera à repenser sans la contrainte de l’argent. Sans doute faudra-t-il voter, quand le consensus minimum n’est plus possible, pour choisir entre une organisation plus directive ou plus libertaire, plus sobre ou plus prodigue, plus individuelle ou plus collective. La foi dans le plus grand nombre est si bien ancré… ! En même temps que l’argent, disparaît la tentation du centralisme. Ce sont des questions budgétaires qui contraignent à la centralisation de l’enseignement, de la santé, des transports, de l’énergie, et in fine du mode de vie. Sans l’argent, chacun va revendiquer son particularisme culturel, historique, géographique, et les appels à votations vont fleurir ! Si dans l’industrie, la matérialité des problèmes facilite les débats, sur le plan de l’organisation sociale, les modèles sont si variés, les idéologies si contradictoires, les habitus si bien ancrés, que la désargence vous offre sur un plateau une jouissive empoignade généralisée, des années d’assemblées générales et de nuits debout… Et si c’était cela l’éducation populaire, la démocratie en acte, l’avenir de l’homme ?
-  Et pour couronner le tout, il restera à traiter les questions concernant l’ensemble de l’humanité tel que le droit international qui seul peut empêcher la razzia du plus fort, la tentation colonisatrice du plus malin. Il restera les questions philosophiques qui donnent des limites éthiques à ce que l’on peut ou pas faire sur la planète, par-delà les croyances et les coutumes. Ces questions n’ont pas d’issues véritables nous le savons, pas de vérité révélée. Mais il n’empêche qu’elles se posent et il serait étonnant que nul ne songe à réclamer l’assentiment ou la réprobation du plus grand nombre (par un vote électronique universel par exemple), de façon provisoire, comme l’image d’un instant, d’une séquence dans l’histoire de l’humanité…

Il ne peut donc y avoir de réponse définitive sur la question du vote dans le cadre d’une société a-monétaire, sinon que l’expérience que l’on en fera pourra évoluer sans parasitage exogène sur le sujet du débat lui-même, sur les opinions individuelles. En revanche, la question de la représentativité perdra beaucoup de son importance sans l’impératif financier et ne subsistera sans doute que celle de la délégation (tous ne pouvant se charger de tout) qui est d’un tout autre genre.

3. Et les cent premiers jours ?

Ne croyant pas à la lente évolution qui irait du tout argent au plus aucun argent en passant par un usage limité (par exemple aux échanges internationaux comme certains le souhaitent), nous souhaitons un saut radical et instantané d’un système à l’autre, et donc une période d’adaptation que nous imaginons de 100 jours pendant laquelle il faudra bien, vaille que vaille, inventer ce que l’on a refusé de penser pendant tant d’années, malgré les alertes et les signaux multiples.
-  Nous allons hériter d’une presse, de radios, de télévisions, rompues aux techniques de communication et de marketing. Nous aurons des journalistes enfin libres de travailler sans consignes, sans risque pour leur emploi. Nous demanderons à tous ces organes de se mettre au service du bien commun pour qu’ils diffusent les initiatives heureuses, qu’ils préviennent des erreurs commises ici ou là, qu’ils fassent preuve de pédagogie pour que l’ensemble des populations prennent l’événement comme une opportunité et non comme une catastrophe. Après tout, ils nous ont bien fait avaler pendant des années que l’Europe, c’était la paix, la prospérité, la liberté, la solidarité. Ils pourraient bien nous faire avaler l’idée que cette désargence en cent jours est la plus belle aventure qui nous soit arrivée ! Le grand chamboulement des médias amputés de l’argent, c’est qu’ils n’auront plus de carrière à défendre en se posant comme spécialiste, penseur ou chien de garde, c’est qu’ils n’auront aucun risque ni nécessité à plaire ou déplaire. Que le journaliste s’inscrive dans une démarche purement informative ou au contraire dans une position d’analyste, il nous aura livré son regard, son point de vue, et non celui d’un groupe d’intérêt, d’un employeur, d’un pouvoir quelconque. Et c’est déjà énorme pour faciliter des prises de décisions.
-  Nous requerrons l’aide de tous les linguistes, professeurs de langues, de littératures et autres universitaires, pour qu’ils nous fassent un nouveau dictionnaire politique et social débarrassé de la langue de bois, de tous les euphémismes passés, pour qu’ils mettent en forme toutes les idées émergentes encore engluées dans leur “gangue argentique”, qu’ils nous débarrassent de toutes les fausses vérités imposées, de tous les principes invérifiés parce qu’invérifiables dont l’économie nous a abreuvés…
-  Nous mettrons à l’honneur partout où il sera possible les alternatives qui ont devancé la désargence et ont réalisé des systèmes viables, souvent intelligents, et directement transposables à une société a-monétaire.
-  Nous nous appuierons sur l’ancien premier employeur du pays : les associations bénévoles, caritatives, non gouvernementales, qui ont depuis longtemps prouvé qu’elles faisaient mieux, plus vite et sans frais que tous les États.
-  Et pour en finir avec la question du vote, il appartiendra à chacun de décider si le groupe concerné voit un intérêt quelconque à se référer au plus grand nombre, sur quels sujets, dans quelle situation. Mais il y a tout à parier que cette “survivance” du système monétaire devienne très vite obsolète, puisque le temps (qui était disait-on de l’argent) nous sera donné sans compter, puisque l’erreur n’entraînera qu’un retour en arrière, puisque la réalité de l’expérience prendra le pas sur les hasards du nombre de bulletins…

Et pour le reste, nous savons pour avoir pratiqué ce sport des trois questions sur l’argent pendant des années, à quel point la démarche de la désargence sur-vitamine la prise d’initiative, libère l’imaginaire, rend possible ce qui paraissait fou dans l’ancien monde, remet l’expérience au cœur des débats.

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