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Le livre et l’édition.

lundi 21 mars 2016, par JFA

Une question est récurrente dans les débats sur la société a-monétaire : Comment publier un livre sans la chaîne de production que cela nécessite actuellement ? Pourquoi, ou pour qui, un écrivain va-t-il mettre en œuvre toute cette chaîne de production si aucun “droit d’auteur” ne vient sanctionner son travail ? Cette question sous-entend que dans le monde actuel, l’argent permet la création du livre et la diffusion de la culture.

Dans la réalité, seuls 6,4 % des écrivains gagnent suffisamment pour cotiser à l’Agessa, l’organisme gestionnaire de la sécurité sociale des auteurs, et 87,2 % des affiliés touchent moins de 4 000 euros de droits d’auteur par an. Considéré dans sa stricte dimension économique, le processus de production et de commercialisation du livre est lourd : il fait intervenir tour à tour l’auteur, l’illustrateur, le traducteur, le correcteur, l’agent, l’éditeur, le maquettiste, l’infographiste, l’imprimeur, le relieur, le diffuseur, le distributeur et le point de vente… Chacun de ces professionnels perçoit une partie du prix du livre selon des contraintes légales particulières, et celui qui gagne le moins c’est celui qui investit le plus en temps et en talent, l’auteur. Chaque année en France, 500 millions de livres sont mis sur le marché, 400 millions sont vendus et un million d’exemplaires finissent au pilon. Le pilonnage fait partie intégrante de la politique éditoriale : un tirage supérieur aux ventes escomptées produit un effet de « masse », de présence dans les rayons, qui a pour effet de susciter des achats suffisants pour dégager un bénéfice supplémentaire et couvrir les frais du pilonnage des exemplaires en surnombre. Bien entendu, nul ne se soucie de l’effet que produit chez un écrivain la destruction de son œuvre et son recyclage en pâte à papier…
On pourrait ajouter à tout cela la galère d’un nouvel auteur, non déjà médiatisé, en recherche d’éditeur. Il doit tirer plusieurs exemplaires de son manuscrit, les envoyer par la poste, attendre au moins six mois la première réponse (généralement le classique "Votre travail est intéressant mais n’entre pas dans notre ligne éditoriale. Nous ne renvoyons pas les manuscrits..."), renvoyer d’autres exemplaires à d’autres éditeurs (dont un à la société des auteurs pour protéger son texte pendant un an parce qu’on lui a dit qu’il pouvait être pillé par un concurrent indélicat), se battre, s’il a de la chance, avec un éditeur rompu aux coutumes de l’édition et qui lui fera signer un contrat à son désavantage, et enfin espérer qu’il sera bien distribué, qu’il attirera l’attention d’un média quelconque...

Imaginons maintenant que nous soyons tous dégagés de l’impératif économique : J’écris un livre parce que j’ai le temps, en toute tranquillité parce que je n’ai aucun souci matériel, aucune contrainte de survie. Une fois posé le point final, je télécharge mon texte sur Internet dans un format standard selon le mode d’emploi que la banque de données m’a fourni. Quelques jours plus tard, un lecteur, alléché par ma quatrième de couverture, souhaite en posséder un exemplaire imprimé. Il enregistre le livre sur une clé USB et se rend dans le centre d’édition le plus proche de son domicile. Là, une “ Espresso Book Machine” (EBM) est à sa disposition. C’est une machine qui occupe 2 mètres carrés au sol et fabrique n’importe quel ouvrage relié en moins de temps qu’il n’en faut pour avaler un café (d’où son surnom d’expresso). Le lecteur enregistrera plus tard, sur la plateforme Internet prévue à cet effet, le titre et l’auteur du livre qu’il a lu, ses commentaires, le nombre de lecteurs à qui il l’a fait découvrir. Un autre viendra ensuite consulter la plateforme et saura en temps réel que tel livre n’a jamais été reproduit, que tel autre “fait le buzz”, et trouvera le lien qui lui permettra d’imprimer l’objet de son choix. Hors de toute idée marchande, le livre imprimé va circuler de mains en mains. S’il se perd et qu’on veut le relire, il sera facile de le réimprimer puisque qu’il ne sera jamais épuisé, mis au pilon.

Ce que nous offre ce merveilleux outil nommé monnaie, c’est la vie de galère pour l’auteur, les ennuis pour le lecteur qui cherche désespérément le livre épuisé ou rare, la frustration pour celui qui veut lire mais n’en a pas les moyens financiers, la rage de voir une œuvre de valeur ignorée de tous alors que des publications sans intérêt sont poussées en avant à grand renforts de publicité. Ce que nous offrirait une société a-monétaire, c’est 100% des auteurs qui peuvent publier, ce sont les prix littéraires remplacés par la voix du peuple, c’est un accès facile et rapide pour tous à la culture, c’est une production qui répond strictement à la demande, et donc aucun gaspillage de papier, d’énergie, de stockage, de distribution… Vous choisissez quoi ?...

Quant à la transition entre la société actuelle et la société a-monétaire, elle serait simple puisque nous avons toute la technique nécessaire déjà à disposition, tout le savoir-faire, et une formidable énergie humaine enfin libérée de contraintes absurdes...